C’est parce que Dieu est amour et qu’il a créé le monde par amour qu’il a déposé entre l’homme et la femme l’étincelle d’amour de laquelle devront naître les enfants.

Comme l’amour divin, l’amour conjugal doit être créateur, rédempteur et sanctificateur.

Il est créateur puisque c’est par lui que sont conçues les créatures que Dieu veut appeler à la vie et que c’est lui qui va avoir à pourvoir aux besoins temporels et spirituels de l’enfant.

Il est rédempteur puisque l’homme et la femme, par amour l’un de l’autre et par amour de leurs enfants, doivent offrir leurs joies, leurs travaux et leurs peines pour le salut commun de la famille.

Il est sanctificateur puisque l’époux doit se sanctifier par amour de l’épouse, l’épouse par amour de l’époux et tous les deux ensemble par amour de l’âme de leurs enfants.

Le don que se font mutuellement de leur corps l’homme et la femme est un principe de vie et ne doit jamais être détourné de son but naturel : l’enfant.

La venue de l’enfant transforme les époux en deux êtres nouveaux, animés d’un sentiment commun qui les élève au-dessus d’eux-mêmes, le sentiment de la paternité et de la maternité.

Ensemble le père et la mère se sentent liés par une responsabilité immense, la protection et l’éducation du petit être sans force et sans lumière qui leur est confié. Tous deux se sentent appelés à le rendre aussi parfait que possible. Ils savent que l’enfant se nourrira des exemples qu’il aura sous les yeux et cette perspective les oblige à se perfectionner eux-mêmes.

Ils ont à former un cœur et une intelligence d’homme et de chrétien, et pour ce faire, ils ne vivront plus leur vie morale pour eux-mêmes, mais pour parfaire celle dont ils ont maintenant la responsabilité.

Ils veilleront à ne plus avoir entre eux la moindre mésintelligence et la moindre division parce qu’ils savent que celles-ci fausseraient la formation du petit être faible et sans défense qui leur est confié.

Ils comprennent que l’enfant a besoin de la double affection du père et de la mère et que cette affection ne vaut qu’autant qu’elle se concilie dans un sentiment unique : l’union pour le bien moral et spirituel de celui auquel ils vont dorénavant se consacrer.

Par la paternité et la maternité l’amour conjugal s’élève et se transfigure.

Mais que les époux ne se laissent pas tenter par une sorte d’égoïsme à trois, goûter les joies de la paternité mais les réduire au minimum. L’amour dès lors se replierait sur lui-même et se dépouillerait de la vie spirituelle vers laquelle il tend.

L’amour ne se conserve et ne s’approfondit qu’en se donnant. C’est pourquoi les époux chrétiens multiplient le don d’eux-mêmes en multipliant le nombre de leurs enfants.

Ils acceptent par avance les travaux et les peines qui accompagnent l’éducation d’une nombreuse famille. Mais ils savent que les bénédictions de Dieu sont réservées à ceux qui les ont généreusement acceptés.

Les époux qui savent d’une façon certaine qu’ils ne pourront pas avoir d’enfants peuvent cependant user très légitimement de leurs devoirs conjugaux en vue de réaliser les autres fins du mariage, et pour favoriser la bonne entente conjugale.

Le but premier du mariage ce sont les enfants. Non simplement les enfants conçus et mis au monde, mais les enfants élevés, c’est-à-dire conduits et dirigés par leurs parents vers la perfection humaine et chrétienne.

Les enfants ne sont la gloire et la consolation de leurs parents que s’ils ont été formés à l’amour du bien et à la fuite du mal.

Que le père et la mère définissent ensemble le but à atteindre et se mettent d’accord sur ce qu’il convient d’appeler le bonheur de l’enfant. Ni la santé, ni la fortune, ni l’absence de sacrifices ne constituent le vrai bonheur, mais le goût du bien, l’acceptation des peines de la vie, la volonté d’aimer Dieu et son prochain.

Faire le bonheur de l’enfant, c’est lui apprendre à aimer les biens qui ne périssent pas et à ne se servir des autres que dans la mesure où ils sont utiles à la vocation.

Bien des parents ont fait le malheur de leurs enfants parce qu’ils s’étaient trompés, au point de départ, sur la notion du vrai et du faux bonheur.

Il va de soi que les méthodes d’éducation varient jusqu’à la contradiction suivant la conception que les éducateurs se font de la vie et de ses buts. Les méthodes ne sont pas les mêmes suivant que l’on croit ou que l’on ne croit pas en Dieu ; que l’on se représente la vie comme un ensemble de devoirs réciproques des hommes les uns vis-à-vis des autres, ou comme un champ de bataille où tous les moyens sont bons pour réussir. Il importe donc que les parents se définissent à eux-mêmes et devant Dieu l’idéal qu’ils s’efforceront de déposer au cœur de leurs enfants.

L’éducation est avant tout une respiration : la respiration par l’âme de l’enfant et l’âme des adultes. Si l’âme des parents est riche de vie morale et spirituelle, les enfants se nourrissent quotidiennement de la richesse spirituelle de leurs parents. Par contre les meilleures méthodes d’éducation n’obtiendront aucun résultat durable si elles ne sont accompagnées des exemples qui forment et entraînent les volontés.

L’éducation n’est point un système compliqué de commandements, de permissions et de défenses. Si les commandements doivent jouer leur rôle, surtout au cours des premières années, ils ne remplaceront jamais la confiance seule capable d’éveiller chez l’enfant l’amour du bien qu’on désire lui inculquer.

La confiance n’implique pas l’abdication de l’autorité, bien au contraire. L’enfant gâté n’est pas un enfant confiant. La sévérité pourvu qu’elle soit tempérée par la tendresse ne gêne pas la confiance, à condition que l’enfant ait le sentiment qu’on ne l’a jamais trompé, qu’on s’est appliqué à l’aider en toutes circonstances et qu’on lui a donné les encouragements dont sa faiblesse ne peut se passer.

Le problème de l’éducation consiste à faire passer du dehors, c’est-à-dire de l’âme des parents, au-dedans, c’est-à-dire dans le cœur et la volonté des enfants, le bien qu’il faut pratiquer.

Tant que l’éducateur n’est pas parvenu à faire dire sincèrement à l’enfant « je veux », il n’a pratiquement rien fait. Il faut que l’enfant collabore à sa propre éducation.