Sur terre l’amour n’est jamais pleinement réalisé ; il est un enfantement, mêlé de joies et de souffrances et ne peut progresser que grâce à la bonne volonté réciproque des époux.

Si les premières joies de l’amour peuvent donner l’illusion d’un amour total et définitif, les réalités de la vie en commun ont tôt fait de faire apparaître des divergences de caractère et d’éducation, des habitudes et des défauts qui gênent l’harmonie conjugale et prouvent qu’il faudra le plus souvent de longs et pénibles efforts d’adaptation pour réaliser la fusion des personnes morales et faire passer l’amour des régions superficielles de la sensibilité jusqu’aux profondeurs de l’âme et de la volonté.

Ceux qui s’arrêtent aux joies de l’amour sans en accepter les obligations morales, les verront peu à peu s’évanouir et laisser au cœur un goût d’amertume et d’insuffisance. L’amour ne grandit et ne satisfait les aspirations intimes du cœur qu’autant qu’il est le soutien des efforts que doivent faire quotidiennement les époux pour se corriger de leurs défauts, se mieux adapter l’un à l’autre, se dévouer ensemble à leur vocation familiale.

Nous ne nous étendrons pas sur les conséquences désastreuses que peuvent avoir sur la bonne entente des époux les mauvaises habitudes de la jeunesse.

Comment le jeune homme qui s’est « amusé » risque de ne voir dans sa femme qu’un jouet et de ne rien comprendre aux aspirations généreuses et délicates du cœur féminin ?

Comment la jeune fille qui, par vanité ou coquetterie, a joué avec son cœur et celui des autres ne saura pas garder un amour fort et persévérant, et ne verra dans son mari qu’un naïf, qu’avec un peu d’habileté on peut conduire à sa guise.

L’amour implique comme une alternance de la joie et de la souffrance. Nous en avons une première preuve dans le fait que les joies de l’union conjugale se transforment normalement en un enfantement douloureux pour la mère et dans l’obligation pour le père de respecter pour un temps par la continence celle qui vient de mettre au monde un enfant. Et il en sera toujours ainsi : la joie de la paternité sera suivie des soucis de l’éducation ; mais les soucis de l’éducation prépareront à leur tour la fierté de voir grandir les qualités et les vertus des enfants auxquels on aura consacré le meilleur de soi. 

Ceux-là se trompent étrangement qui croient pouvoir séparer l’amour des dévouements qui le doivent porter à se dépasser constamment lui-même.

C’est pourquoi il importe de préciser quelles sont les conditions grâce auxquelles les époux parviendront à s’aimer tous les jours davantage.

Pour préparer les harmonies futures, il faut que l’homme se soit habitué, dès l’adolescence, à respecter la femme et à fuir celles dont la légèreté ou l’inconduite risquent de fausser son idéal féminin ; que la jeune fille se soit appliquée à garder dans une chaste réserve, les charmes de son corps et les délicatesses de son cœur. Combien n’ont jamais su se comprendre au cours de leur vie conjugale parce que la vraie conception des rapports entre l’homme et la femme avait été faussée pendant leurs années d’adoescence.

L’intelligence psychologique d’un sexe par l’autre est un élément essentiel de la bonne entente conjugale. Le mari doit faire effort pour comprendre le caractère, la nature et les aspirations du cœur féminin et réciproquement. Cette compréhension mutuelle n’est d’ailleurs jamais achevée et doit s’adapter à tous les incidents de la vie en commun. Les époux ne s’épanouissent dans leurs rapports mutuels que dans la mesure où ils se sentent compris par leur conjoint.

La bonne entente ne peut subsister sans la confiance, laquelle implique que les époux auront l’un vis-à-vis de l’autre la plus entière franchise. La défiance mutuelle tue l’épanouissement des sentiments et pour l’éviter, il faut que la vie de chacun des époux puisse être étalée au grand jour. S’ils se dissimulent leurs démarches, leurs relations, l’emploi de l’argent et en général ce qui constitue la trame de l’existence quotidienne, ils préparent inconsciemment la séparation des vies et par conséquent des cœurs. Encore faut-il que la vie conjugale ne supprime pas les libertés et les indépendances nécessaires.

C’est une grave erreur que de cesser, une fois marié, les attentions et les prévenances qui avaient donné tant de charme au temps des fiançailles. L’harmonie conjugale exige que les époux continuent tout le long de leur vie commune les efforts pour se plaire. Les négligences sur ce point risquent de faire naître l’indifférence.

Il ne faut jamais oublier qu’il n’est pas un défaut qui ne nuise à la bonne entente conjugale. Mensonge, paresse, jalousie, amour-propre, à plus forte raison égoïsme sous toutes ses formes, sont autant d’obstacles à l’harmonie des cœurs et des caractères.

C’est ne rien comprendre aux exigences de l’amour que de déclarer à son conjoint qu’il doit vous accepter tel que vous êtes. Un amour sincère implique que l’on se change tous les jours par amour de l’autre et que l’on s’efforce de corriger tout ce qui dans le caractère, risque de nuire à l’harmonie.

L’amour ne peut vivre sans la vertu, je serais tenté de dire, sans toutes les vertus. Ce qui le préserve de la corruption, c’est une volonté sincère de perfection. Pour s’aider mutuellement à bien vivre, les époux partagent leurs joies, leurs soucis et leurs peines. Ils s’entraident à devenir meilleurs tant pour leur propre bien spirituel que pour celui de leurs enfants.