C’est un préjugé courant de croire qu’après avoir reçu le sacrement de mariage, les époux ont le droit de se comporter comme bon leur semble et qu’ils ne sont soumis à aucune obligation morale spéciale.

C’est une erreur d’autant plus grave que, de tous les actes humains, l’amour est l’un de ceux qui implique le plus de responsabilités personnelles et sociales. Si tous les actes humains relèvent de la loi morale, comment celui-ci pourrait-il faire exception ? N’est-ce pas de la manière dont nous nous comportons en face de l’amour que dépend le bonheur ou le malheur des autres ? Et n’est-ce pas au sein de l’union conjugale que les puissances génératrices prennent toute leur signification morale en bien ou en mal ?

Quelles sont donc les lois de l’amour conjugal ? La première est celle de la fidélité. Ceux qui prétendraient qu’ils sont en droit de concilier l’amour et l’infidélité, donneraient par là-même la preuve qu’ils n’aiment pas sincèrement. C’est pour assurer la sincérité du don que se font l’un à l’autre l’homme et la femme que le mariage est déclaré indissoluble. Cette indissolubilité aidera les conjoints à triompher des vicissitudes, des souffrances et des tentations de la vie. Fidélité et indissolubilité sont intimement liés.

La fidélité est non seulement possible, mais relativement facile, pour les conjoints qui pendant leur adolescence ont vécu chastement, pour ceux qui ont des convictions religieuses et s’appliquent, au cours de leur amour, à écarter occasions de faiblesse, à dominer les égoïsmes de la nature, à détruire en eux les défauts susceptibles de compromettre la bonne harmonie conjugale.

Ce n’est pas à dire que les passions humaines n’auront pas pour conséquence de provoquer parfois l’infidélité de l’un ou de l’autre des époux. L’infidélité, quoi qu’en pensent les partisans du divorce, n’implique aucunement le droit pour l’époux lésé de rompre ses promesses. La faute de l’un des conjoints n’autorise pas l’autre à commettre une faute semblable en brisant le lien qu’il avait librement consenti en se mariant.

Le divorce est donc en opposition formelle avec les lois de l’union conjugale. Le fait qu’il est accepté par la loi civile ne change en rien son caractère d’immoralité. Le législateur ne peut changer à son gré les lois morales qui doivent normalement présider aux promesses mutuelles des époux dans le mariage.

A la loi de fidélité et d’indissolubilité vient s’ajouter celle de l’unité du lien conjugal, à savoir que le mariage n’est concevable qu’entre un seul homme et une seule femme.

Le remariage entre divorcés n’est qu’une polygamie déguisée.

Nous abordons par là le difficile problème de chasteté conjugale, c’est-à-dire des règles morales qui doivent présider à l’union des époux.

Il suffit que nous considérions le plan de Dieu en dehors de toute idée préconçue, pour conclure que l’union des sexes a pour but principal premier la continuation de l’espèce. Encore qu’il y ait entre l’homme et la femme des éléments d’union spirituelle sur lesquels nous aurons à revenir, il ne faut pas perdre de vue que la première conséquence du don qu’ils font l’un à l’autre, non seulement de leur cœur mais de leur corps, doit être l’acceptation loyale des conséquences qui en résultent naturellement, à savoir la conception éventuelle des enfants.

Jamais dans la pensée de Dieu les enfants ne devraient naître d’une aventure passagère. Les malheureux qui naissent dans ces conditions sont les victimes de l’égoïsme humain.

C’est une union sincère et durable qui doit présider à la naissance et à l’éducation des enfants. C’est pourquoi l’institution du mariage se confond avec celle de la famille. Mais, au sein même de la vie conjugale, se posent certains problèmes que les époux doivent regarder avec sincérité s’ils veulent que Dieu bénisse leur foyer et s’ils sont décidés à éviter les fautes qui les écarteraient de la vie et de la perfection chrétiennes.

Ils ne doivent pas oublier qu’un danger les menace :

- celui de développer les plaisirs sexuels aux dépens du dévouement généreux et désintéressé.

C’est pourquoi dès le début du mariage, ils devront s’appliquer à pratiquer la vertu de tempérance. Un grand nombre d’époux cessent de s’aimer après quelques années de mariage parce qu’ils se sont procuré le maximum de plaisirs et ont négligé de développer entre eux les qualités désintéressées qui donnent à l’amour toute sa valeur morale et spirituelle.

Pour vivre et se développer, l’amour a besoin de lutter contre les égoïsmes de la nature et très spécialement contre les égoïsmes de la chair.

Les joies de l’union conjugale sont légitimes et peuvent puissamment contribuer à entretenir la bonne harmonie des époux, mais à condition qu’elles soient conformes au plan divin, c’est-à-dire qu’elles puissent servir, si Dieu le veut, à donner la vie à des enfants. L’amour s’oriente naturellement vers le don, d’abord le don des époux l’un à l’autre, puis par ce don, celui des deux époux ensemble aux enfants qui leur seront confiés.

Pour peu que les époux aient compris la grandeur de leur vocation familiale, ils multiplieront généreusement le nombre de leurs enfants, autant que le leur permettront la santé de la femme et les conditions matérielles de l’existence. Ils se garderont des prétextes plus ou moins égoïstes trop souvent invoqués par ceux qui limitent sans raison majeure le nombre de leurs enfants.

Mais si désireux qu’ils soient d’élever une famille nombreuse, ils se trouveront peut-être un jour en face de telles difficultés que se posera pour eux inéluctablement la question de la limitation du nombre de leurs enfants.

Cette limitation, si elle est appuyée sur des raisons valables, pose, pour les époux, le difficile problème de leurs relations conjugales. Ils savent que la morale réprouve les unions conjugales frauduleuses. Dès lors ils s’appliquent à les éviter et, pour se fortifier, contre leur propre faiblesse, ils cherchent dans la prière et la pratique des sacrements les secours qui leur sont nécessaires.

Pour éviter que la continence ne nuise à leur bonne harmonie conjugale et à leur équilibre moral, ils multiplient l’un vis-à-vis de l’autre les attentions et les délicatesses du cœur et cherchent ensemble un dérivatif aux exigences de la chair dans un plus grand dévouement vis-à-vis de leurs enfants et de leur éducation.

Gardant d’ailleurs le droit de se donner l’un à l’autre des marques de tendresse en veillant à ce que celles-ci tendent davantage à l’union des cœurs qu’à celle des corps, ils ne se troublent pas si ces tendresses ont provoqué involontairement quelque excitation d’ordre sexuel, ces excitations n’ayant pas été cherchées et voulues pour elles-mêmes. D’ailleurs ils se confieront loyalement à un directeur de conscience éclairé et s’aideront mutuellement à mettre ses avis en pratique.

N’étant pas parfaits et la pratique de la loi conjugale exigeant de longs et difficiles efforts, ils ne se laisseront pas décourager par des faiblesses toujours possibles. Ils les avoueront humblement et continueront les efforts qui les mèneront peu à peu vers un état meilleur et plus parfait.

L’Église, qui continue la miséricorde de Jésus-Christ, garde pour le pécheur de bonne volonté la plus grande indulgence pourvu que celui-ci reconnaisse humblement ses faiblesses et s’efforce d’en triompher.